Lorsque les discussions portent sur les infrastructures, l’attention se porte souvent sur les routes, ponts, ports, centrales électriques et réseaux numériques. Pourtant, certaines des infrastructures les plus importantes soutenant les ambitions de développement de l’Afrique ne se trouvent pas dans le béton ou l’acier, mais dans les compétences, l’expertise et le leadership des personnes responsables de la mobilisation des recettes publiques.

Les systèmes fiscaux ne fonctionnent pas uniquement sur la politique. Les lois fiscales ne collectent pas les revenus à elles seules, et les plateformes numériques n’améliorent pas automatiquement la conformité. Derrière chaque réforme, programme d’audit, enquête et initiative de conformité réussis se trouvent des professionnels formés, dotés des connaissances et de l’expertise nécessaires pour transformer la politique en résultats.
Ce capital humain est souvent négligé dans les discussions sur la mobilisation des recettes nationales, mais il reste l’un des facteurs les plus importants pour déterminer si les administrations fiscales peuvent répondre efficacement à des environnements économiques et fiscaux de plus en plus complexes.
Pourquoi le capital humain est une infrastructure critique

L’infrastructure, bien comprise, est définie non pas par sa forme physique mais par sa fonction. Les économistes décrivent les infrastructures comme le stock fondamental d’actifs qui permet d’autres activités économiques de se dérouler : des actifs construits grâce à des investissements délibérés et soutenus, générant des rendements sur des horizons longs, s’amortissant sans entretien, et générant des bénéfices bien au-delà de ceux qui les utilisent directement. Jugée selon cette définition, la capacité professionnelle d’une administration fiscale est sans ambiguïté.
Les économistes du développement distinguent de plus en plus les infrastructures dures, c’est-à-dire les réseaux physiques de transport, d’énergie et de télécommunications, et les infrastructures souples, c’est-à-dire les institutions, les systèmes et les capacités humaines par lesquels les sociétés organisent la vie économique. Les tribunaux, les cadres réglementaires, les systèmes financiers et les administrations publiques entrent tous dans cette seconde catégorie.
Une administration fiscale compétente fait partie des actifs les plus importants de ces actifs doux, pour une raison simple : c’est l’infrastructure qui finance tous les autres. Capital humain dans l’administration fiscale affiche toutes les caractéristiques définissantes de l’infrastructure. Elle est construite par des investissements délibérés sur plusieurs années plutôt que par acquisition du jour au lendemain ; Un auditeur expérimenté en prix de transfert ou spécialiste des échanges d’information représente une décennie ou plus de formation accumulée, de mentorat et d’expérience pratique.
Elle se déprécie sans maintenance, car les compétences acquises il y a même cinq ans peuvent devenir obsolètes par de nouveaux modèles économiques, de nouvelles technologies et de nouveaux dispositifs d’évitement. Elle génère des rendements bien au-delà de l’individu, puisqu’un seul auditeur qualifié peut protéger les revenus multipliés par plusieurs fois le coût de leur développement, et les connaissances transposées à leurs collègues s’accumulent à travers l’institution. Et, comme une route ou un réseau électrique, son absence constitue une contrainte contraignante : là où la capacité n’existe pas, les recettes ne peuvent tout simplement pas être mobilisées, aussi solides que soient les lois en vigueur.
Des ressources humaines au capital humain
Reconnaître les personnes comme des infrastructures nécessite un changement dans la façon dont les administrations perçoivent leur main-d’œuvre, car les ressources humaines et le capital humain ne sont pas la même chose. Les ressources humaines délimitent les personnes employées par une organisation : le nombre de personnes, la paie, l’organigramme. Le capital humain décrit ce que ces personnes sont collectivement capables de faire : le stock de connaissances, de compétences, de jugement et d’expérience qu’elles peuvent déployer au service du mandat de l’institution. Chaque administration fiscale dispose de ressources humaines.
Toutes les administrations fiscales ne les ont pas converties en capital humain. Cette conversion est un processus délibéré et géré. Cela nécessite des parcours d’apprentissage structurés plutôt que des formations ponctuelles ; des cadres de compétences qui définissent les compétences que chaque fonction exige ; des pipelines de leadership qui préparent la prochaine génération de managers avant qu’ils ne soient nécessaires ; des systèmes de gestion des connaissances qui conservent l’expertise institutionnelle lorsque les individus passent à autre chose ; et des structures de carrière capables d’attirer et de retenir des talents spécialisés rares sur un marché concurrentiel.
Cela nécessite également une mesure, afin que l’effort de développement soit dirigé là où les lacunes de capacités sont les plus importantes et les conséquences de revenus les plus importantes. Les administrations qui effectuent ce changement cessent de considérer les budgets de formation comme des dépenses discrétionnaires à réduire lors des années difficiles, et commencent à les considérer comme un investissement en capital, avec la planification, la protection et le suivi de la performance que l’investissement en capital exige.
L’investissement de l’ATAF dans les infrastructures humaines africaines
C’est précisément là que le travail du Forum africain de l’administration fiscale (ATAF) apporte sa contribution. À travers l’Afrique, les administrations fiscales évoluent dans un paysage en rapide évolution. La numérisation, les transactions transfrontalières, les flux financiers illicites, les systèmes sophistiqués d’évitement fiscal et les technologies émergentes transforment le fonctionnement des autorités fiscales. Suivre ces évolutions nécessite un investissement continu dans les personnes. Les auditeurs, enquêteurs, spécialistes de la politique fiscale, responsables de la conformité, praticiens de l’échange d’informations et responsables fiscaux doivent constamment développer de nouvelles compétences pour relever des défis qui n’existaient pas il y a dix ans.
Selon le rapport annuel 2025 de l’ATAF, les administrations fiscales africaines continuent de mettre de plus en plus l’accent sur le développement professionnel et l’expertise technique spécialisée. Rien qu’en 2025, l’ATAF a proposé 23 programmes de formation spécialisés via l’Académie fiscale de l’ATAF, atteignant 2 433 agents fiscaux de 43 pays, et a apporté un soutien technique à 35 pays membres. Cette ampleur a été maintenue sur plusieurs années : 2 214 responsables ont été formés en 2024, 2 053 en 2023 et 2 054 en 2022, issus de plus de 40 pays chaque année.La qualité de cet investissement est mesurée, et les preuves sont cohérentes.
Les enquêtes des participants rapportées dans les rapports annuels de l’ATAF ont enregistré des taux de satisfaction et de pertinence supérieurs à 90 % chaque année au cours des cinq dernières années. En 2021, 98 % des participants ont trouvé la formation de l’ATAF utile. En 2022, 91 % ont jugé les offres très pertinentes pour leurs besoins, tandis que 99 % des participants à l’assistance technique ont exprimé leur satisfaction quant au soutien reçu. En 2023, 99 % des répondants ont affirmé la pertinence de la formation, 93 % ont exprimé leur satisfaction envers les programmes, et 96 % ont confirmé que la formation a renforcé leur capacité technique.Plus révélateur encore est ce que révèlent les enquêtes sur l’application, le moment où la formation devient une infrastructure.
En 2024, 88 % des participants ont appliqué les connaissances et compétences acquises lors de la formation ATAF dans leur emploi, et 82 % ont enregistré des améliorations de leur performance professionnelle grâce à cela. En 2025, 91 % des participants ont déclaré que la formation avait renforcé leur efficacité dans leurs rôles professionnels, 95 % ont transmis en cascade les connaissances et compétences acquises à leurs collègues et institutions partenaires, 86 % ont continué à utiliser les supports de formation dans leur travail quotidien, et 77 % ont observé des changements tangibles dans les pratiques, politiques, procédures ou systèmes de leur département ou institution. Ce dernier chiffre mérite d’être souligné : trois interventions de formation sur quatre produisent non seulement de meilleurs individus mais aussi des institutions transformées, ce qui est précisément l’effet cumulativ qui distingue les infrastructures des dépenses. De plus en plus, ces initiatives dépassent la formation traditionnelle en classe pour se concentrer sur l’application pratique, l’apprentissage par les pairs, la résolution de problèmes et le développement de compétences applicables immédiatement sur le lieu de travail.
L’objectif n’est plus simplement de transférer les connaissances, mais de renforcer la capacité des responsables à relever les défis réels de l’administration fiscale et à obtenir des résultats mesurables. La formation n’est qu’un des canaux par lesquels cette infrastructure humaine est construite. Le programme de publications de l’ATAF remplit une fonction complémentaire, en codifiant l’expertise africaine afin qu’elle puisse être partagée, appliquée et préservée à travers le continent.
Les guides techniques, les approches suggérées pour la rédaction de la législation fiscale, les kits à outils sur la tarification de transfert et l’échange d’informations, l’African Tax Outlook annuel et les recherches produites par le biais de l’African Tax Research Network forment ensemble un corpus croissant de connaissances développées par les Africains sur les réalités africaines. Lorsque la formation développe des capacités chez les individus, les publications la institutionnalisent, garantissant que l’expertise durement acquise ne quitte pas l’administration lorsqu’un fonctionnaire le fait, et que les responsables d’un pays puissent s’appuyer sur l’expérience accumulée de quarante-trois autres.
Le retour sur les infrastructures humaines
Le retour sur cet investissement devient de plus en plus évident. En 2025, les interventions de renforcement des capacités et d’assistance technique de l’ATAF dans ses pays membres ont contribué à plus de 685,8 millions USD en recettes supplémentaires et 907,8 millions USD en évaluations fiscales supplémentaires. Ces résultats s’inscrivent dans une tendance plus large. Depuis 2016, les interventions soutenues par l’ATAF ont contribué à plus de 6 milliards de dollars d’évaluations fiscales et 2,8 milliards de dollars de recettes à travers l’Afrique, démontrant comment les investissements dans les personnes se traduisent par une meilleure performance des recettes et des administrations fiscales plus résilientes.
L’impact de ces investissements ne se mesure pas au nombre d’ateliers dispensés ou de certificats attribués. Elle se mesure à ce qui se passe lorsque les responsables retournent dans leurs administrations et appliquent de nouvelles compétences aux défis réels. Les auditeurs identifient des risques jusque-là non détectés. Les enquêteurs découvrent des actifs cachés et des flux financiers illicites. Les spécialistes font un plus grand usage des mécanismes d’échange d’informations et des données sur les bénéficiaires bénéficiaires. Les responsables de conformité renforcent les approches de gestion des risques et améliorent l’engagement des contribuables.
Au fil du temps, ces capacités individuelles contribuent à des institutions plus solides et à des systèmes de revenus plus efficaces. Le développement du leadership est tout aussi important. Les administrations fiscales modernes opèrent dans des environnements caractérisés par des changements technologiques rapides, des attentes croissantes des contribuables et des exigences croissantes de responsabilité et de transparence. Naviguer dans ces réalités nécessite des leaders capables de gérer le changement, d’inspirer les équipes, de promouvoir l’innovation et de guider les institutions à travers des réformes complexes. Développer ces capacités de leadership est donc aussi important que renforcer l’expertise technique, et c’est pourquoi les programmes de direction et de leadership s’alignent désormais avec les cours techniques de l’offre de l’ATAF Tax Academy.
Regard vers l’avenir
L’importance du capital humain dans l’administration fiscale ne fera que croître. L’intelligence artificielle, l’analyse avancée des données, les actifs numériques et les nouvelles formes d’activité économique transforment le paysage fiscal mondial. La capacité des administrations fiscales à s’adapter à ces changements dépendra non seulement de la technologie et de la législation, mais aussi de la capacité de leurs collaborateurs à les comprendre et à y répondre.Alors que les gouvernements et les partenaires au développement continuent d’investir dans les infrastructures pour soutenir la croissance économique et le développement, il existe une opportunité d’élargir la compréhension des infrastructures.
Parallèlement aux investissements dans les routes, l’énergie et la connectivité numérique, il existe un argument solide en faveur d’investir dans les personnes qui contribuent à financer ces priorités grâce à une mobilisation efficace des recettes nationales. Le renforcement des capacités doit donc être perçu non pas comme une activité de soutien, mais comme un investissement stratégique dans l’infrastructure humaine qui sous-tend une administration fiscale efficace.
Les routes relient les marchés. Les centrales électriques propulsent l’industrie. Les réseaux numériques élargissent les opportunités. Mais aucune de ces méthodes ne peut être financée de manière durable sans des professionnels qualifiés capables de mobiliser les recettes publiques. Alors que les pays africains continuent de renforcer la mobilisation des recettes nationales, investir dans les talents de l’administration fiscale pourrait s’avérer être l’un des investissements les plus importants dans les infrastructures.
Source: ATAF/Via Tax en RDC